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Arrêtons de faire la tête!
Ah ! une chose est sûre: le carême, c'est pas gai! Pour preuve, celui qui a une face de carême ne respire pas la joie de vivre. Et en plus, c'est long; quarante jours, du mercredi des Cendres à Pâques, sans compter les dimanches, soit six semaines et demie.
Alors, ce carême, à quoi sert-il? À nous préparer à Pâques. Pâques! La victoire définitive sur le mal et la mort! Et pour se « préparer », on fait une tête d'enterrement pendant quarante jours?
N'y aurait-il pas là un quiproquo?
Reprenons les choses depuis le début. D'abord, les quarante jours. En lisant la Bible, nous découvrons qu'ils sont le temps du changement, de la conversion au sens du grand chambardement. L'Arche de Noé flotte quarante jours avant de s'échouer sur une terre renouvelée. Les Hébreux errent quarante ans au désert, le temps du renouvellement des générations, afin qu'un peuple nouveau entre dans la terre que Dieu a promise. Quant à Jésus, il passe quarante jours au désert avant de commencer son enseignement et de se mettre à parler de Dieu comme personne ne l'avait jamais fait avant lui.
Les quarante jours du carême sont donc là pour nous faire passer de l'ancien au nouveau. Mais pourquoi en faisant triste figure? Peut-être parce qu'on se prive de chocolat, de cinéma ou de rosbif le vendredi. Vous aimez le chocolat, le ciné et la viande rouge à ce point-là? Moi pas.
À moins que ce ne soit parce que Jésus va mourir sur la croix et être mis au tombeau?
Peut-être... Peut-être devons-nous nous sentir coupables et nous infliger chaque année quarante jours de deuil et de macération en pleurant sur nos péchés.
Permettez que je nous propose une autre vision.
Au bout du carême, il n'y a pas Jésus crucifié, mort sur la croix. Il y a Jésus vivant, triomphant de la mort, relevé du tombeau ... et nous attirant à sa suite. Le plus grand des chambardements, celui qui change la face du monde, tout simplement !
Et si le carême (je n'invente rien, les textes de la liturgie nous y invitent très clairement) était l'occasion de vivre le renouvellement et la régénération de notre baptême? Par le baptême, nous avons été plongés dans la mort et la résurrection du Christ. Avec le Christ, nous sommes morts. Avec lui, nous sommes relevés.
Alors le carême pourrait être cela: quarante jours pour renfiler l’habit de lumière des baptisés, quarante jours pour pour retrouver la joie des ressuscités, quarante jours pour nous réinstaller dans notre dignité de fils et de filles bien-aimés, quarante jours pour redevenir un peuple de frères et de sœurs unis en un seul corps. Gageons qu'avec de pareils objectifs, le temps nous semblera bien court. Parions qu'avec une telle perspective, nous aurons plus souvent la tête de notre emploi, la tête de ceux qui savent que la mort n'est pas la fin de l'histoire et qui ont la charge de l'annoncer. Une si bonne nouvelle à partager devrait suffire à effacer nos têtes de carême!
Quant au jeûne, de vous à moi, dans la mesure où toutes les traditions spirituelles en connaissent la pratique, voilà peut-être une expérience qui mériterait d'être tentée, ne serait-ce que pour nous libérer un peu des contraintes de la possession et de la consommation
Pietro de Paoli